Tigre dans un enclos

L’exploitation animale

« On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux sont traités. »

Gandhi

La question de l’exploitation animale est l’un des sujets qui m’ont fait le plus réfléchir au cours de ces dernières années. La façon dont l’être humain dans notre société de consommation considère le vivant et plus précisément l’animal sentient. Gandhi disait : « On peut juger de la grandeur d’une nation par la façon dont les animaux y sont traités. » Ce que j’ai appris à cet égard est édifiant et m’a profondément secoué.

L’être humain a-t-il le droit de tuer les animaux ? Les exploiter ? Les manipuler pour se divertir ? Pour son propre bon plaisir ? A mon sens, la question mérite d’être posée. En réalité, la problématique est complexe et appelle la distinction de plusieurs cas de figure, car les pulsions qui les motivent ne sont pas nécessairement les mêmes. Je vous propose à présent d’entrer dans le vif du sujet.

L’humain n’a pas besoin de tuer les animaux pour vivre

Prenons le cas d’un être humain devant survivre dans un monde hostile. Sa première préoccupation consiste à trouver de quoi se nourrir pour tenir jusqu’au lendemain. Chaque jour, il doit subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, son clan. Dans l’histoire de l’humanité, les animaux se sont trouvés être un met de choix en complément de la pratique traditionnelle de la cueillette.

Mais aujourd’hui, dans nos riches sociétés occidentales, nous sommes bien loin de cette situation précaire et ce n’est pas peu dire : nous croulons sous l’abondance. Plus la peine de partir en chasse la journée avec le risque d’y perdre la vie ou de revenir au foyer bredouille. La nourriture vient à nous par l’intermédiaire de supermarchés sans cesse réapprovisionnés que nous arpentons régulièrement pour remplir nos caddies. Au détour des rayons, peu de chances de devoir risquer notre vie pour défendre un repas (si ça vous arrive, prévenez-moi !) Avec les services de livraison à domicile, on peut même rester chez soi et se faire livrer 24h sur 24 sans bouger le moindre orteil… Un confort auquel nous nous sommes habitués et qui nous préserve d’un temps ancien où manger quotidiennement à sa faim n’était pas garanti. Vous voyez où je veux en venir : tuer des animaux pour se nourrir n’est plus une condition de survie pour l’homme.

Un rayon de supermarché bien fourni : l’abondance à portée de caddie.

L’élevage pour nourrir l’homme

L’élevage implique une souffrance indiscutable pour les animaux, ne serait-ce que par sa finalité : la mort. Durant les instants qui précédent l’issue fatale, la maltraitance à grande échelle est courante, pas toujours dénoncée par les éleveurs qui vont même jusqu’à évoquer leur considération pour le bien-être animal. Rien que ça.

Grâce au travail de lanceur d’alerte effectué par des associations courageuses comme la désormais célèbre L214, le grand public est régulièrement confronté à des images et vidéos chocs qui mettent en lumière les conditions de vie des animaux destinés à finir dans nos assiettes. J’irais plus loin (je vous prie de m’excuser mais j’aime tellement titiller la dissonance cognitive qui opère sournoisement dans nos cerveaux) : doit-on se contenter de parler de maltraitance AVANT abattage (puisque tel est le cas dans le cadre des révélations fournies par ces associations) ou peut-on de manière plus pragmatique et logique reconnaître une bonne fois pour toutes que tuer est la forme de maltraitance ultime ? Car si on y réfléchit une minute, on se rend bien compte que tout ce qui finit dans nos assiettes – steak de veau, cuisse de poulet ou de lapin, magret de canard, tartare de saumon… – provient nécessairement d’un vie animale ôtée avant l’heure. Une vie que l’être humain s’est arrogé le droit de supprimer dans une logique de productivité et de rentabilité. Miam.

Carcasses de bœuf en abattoir destinées à alimenter les boucheries.

Mais au-delà de l’alimentation (j’y reviendrai plus en détail lorsque je vous parlerai de consommation de viande), des pratiques dites « traditionnelles » demeurent. Je vous propose d’en effectuer un tour d’horizon et vous livrer mon point de vue sans langue de bois.

Chasse, Pêche, Corrida : les loisirs « traditionnels »

Tuer ou mutiler par tradition

Tuer ou mutiler des animaux pour le plaisir car ne mâchons pas les mots, c’est bien de ça dont il s’agit. Chasser, pêcher, « jouer » à la Corrida… A entendre les fervents défenseurs de ces activités, l’argument de la tradition en justifierait à lui seul la pratique. Ceux qui animent, exercent ou participent à ces « loisirs » semblent ne pas mesurer qu’ils infligent à d’autres êtres vivants une souffrance uniquement parce qu’ils en ont le pouvoir. L’alibi anthropocentré d’une espèce qui s’affirme dominante, qui domine et doit dominer pour se sentir exister.

Un taureau mis à mort lors d’une corrida par pure « tradition ».

La cohabitation pacifiste pour remplacer la nuisance égoïste

« La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »

Extrait de l’Article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

Comment endiguer ces traditions archaïques ? Pointer du doigt les contradictions de ceux qui défendent haut et fort le droit à la perpétuation d’une tradition ridicule. Comme le décrit si bien l’article 4 de notre Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789) : « La liberté consiste à faire tout ce qui ne nuit pas à autrui […] ». Appliquons donc cette phrase de bon sens aux animaux avec qui nous cohabitons au lieu de nuire à leur liberté par un égoïsme coupable, loin d’être à la hauteur du potentiel de l’être humain (cette dernière remarque est peu objective je l’avoue, mais j’ose penser que nous sommes capables de beaucoup mieux que ça).

Grandir l’humanité

Alors que faire face aux conservatismes profondément ancrés sur ces questions ? Boycotter quand on est spectateur. Ne pas avoir honte/peur de parler de vos désaccords avec celui qui pratique et nie la souffrance qu’il inflige (ou perpétue l’exercice par automatisme de « père en fils » …) J’ai confiance en vous. Je sais que vous pouvez vous montrer conciliant et convainquant, sans tomber dans la violence du propos ou l’insulte (atteindre cette étape dans tout débat est contre-productif lorsqu’on désire faire changer les mentalités). En vrai, beaucoup d’acteurs de ces souffrances n’ont même pas conscience de faire du mal. L’enjeu est important et permettrait de grandir l’humanité (voilà qui ne devrait pas nous faire de mal) en défaisant ce rapport de domination malsain entretenu avec nos frères et sœurs d’évolution. Car n’oublions pas que nous aussi, les humains, sommes avant tout des animaux dotés d’une conscience. Des êtres capables de ressentir des émotions, ressentir du plaisir, être triste, souffrir. Tout comme les lapins, les taureaux et les poissons.

Zoo, cirques, aquariums : l’enjeu touristique

Quand observer des animaux enfermés est synonyme de loisir

Regardons les choses en face : on parque aujourd’hui les animaux sauvages dans des cages pour le plaisir des touristes. Ce faisant, l’être humain extrait les animaux de leur habitat naturel pour les placer dans des enclos à l’autre bout du monde. Une petite précision s’impose : je ne parle pas bien sûr des parcs et autres zones protégées où l’homme intervient uniquement pour sauver/réhabiliter une espèce en voie d’extinction. Une initiative de dernier recours salutaire et respectable. Non, j’évoque ici des zoo, cirques, parcs animaliers et autres aquariums qui tournent autour d’un seul objectif : produire un maximum de bénéfice.

Un créneau lucratif alimenté par les flux de touristes qui se pressent plus nombreux chaque année dans ces lieux artificiels. A titre d’exemple : le ZooParc de Beauval à Saint-Aignan dans le Loir-et-Cher (Zoo le plus visité de France) a enregistré une fréquentation record en 2018, atteignant les 1 550 000 visiteurs (soit 100 000 de plus que l’année précédente). Son chiffre d’affaire s’élève à 72 millions d’euros pour la même année (soit 12 millions de plus qu’en 2017). Et 2019 devrait être loin de représenter une année timorée pour le parc animalier : la journée du 31 mai en plein week-end de l’ascension a enregistré une nouvelle fréquentation record de 28 000 visiteurs ! Avec de tels chiffres, il est difficile de contester que l’attraction des Zoo est réelle. Pour beaucoup de citoyens, le Zoo de Beauval est synonyme de sortie « loisir » et « détente » en famille… Je ne vous cache pas que je le déplore, mais c’est un fait.

Les flamants roses en captivité du Zoo de Beauval.

La curiosité justifiant l’exploitation animale

« Sans ça, jamais nos enfants n’auraient vu de girafe, d’éléphant ou de tigre en vrai ! »

Venons-en aux arguments pour ou contre les Zoo. J’entends parfois certains parents prendre part au débat en défendant avec ardeur l’existence de ces prisons pour animaux (qu’ils ne voient pas ainsi), vantant une sorte de caractère pédagogique nécessaire : « Sans ça, jamais nos enfants n’auraient vu de girafe, d’éléphant ou de tigre en vrai ! » J’aimerai leur rétorquer en toute bienveillance qu’ils ne se rendent pas compte que visiter un Zoo ou un aquarium c’est donner crédit à un business basé sur l’exploitation animale. Leur argument tient-il encore si on s’intéresse aux émotions de ces bêtes qui s’abandonnent à une vie de tristesse, coupés par l’homme de leur liberté naturelle ? Jusqu’à quel point notre propension au voyeurisme est-il paradoxalement prêt à nous aveugler dans ce que nous faisons subir ainsi égoïstement à nos semblables ?

Zoo blues, dépression, tristesse : quand les animaux souffrent de leur captivité

« Ces grands animaux, qui vivent dans les océans, se retrouvent dans des boîtes en béton, perclus quotidiennement de médicaments pour soigner leur dépression. »

John Hargrove

La tristesse des animaux, parlons-en justement pour nous extraire un instant de ce regard purement anthropocentré sur le plaisir. Le « Zoo blues », comme l’appellent les observateurs s’étant penchés sur la question, est plus fréquent qu’on ne le croit.

John Hargrove, ancien dresseur d’orques au parc Marineland d’Antibes, a participé à une interview poignante auprès de Nice Matin. Le spécialiste des mammifères marins a livré un témoignage glaçant au journal : « Ces grands animaux, qui vivent dans les océans, se retrouvent dans des boîtes en béton, perclus quotidiennement de médicaments pour soigner leur dépression ». Via un communiqué de presse, le parc s’est fendu d’une réponse prévisible : « Il n’existe aucune preuve scientifique du fait que la captivité causerait une baisse du système immunitaire chez les animaux nés en structure zoologique ». Pour une fois, j’aurais presque envie de prêcher le diable en ajoutant : même si doute existait, ne vaudrait-il tout de même pas laisser ces animaux évoluer naturellement au milieu de vastes océans, plutôt que les contraindre dans des espaces réduits et artificiels pour les beaux yeux du public ? Comme vous vous en doutez, la réponse logique à cette question ne va pas dans l’intérêt du développement d’un parc aquatique…

Orques en captivité se donnant en spectacle dans un parc SeaWorld.

Si la vie des mammifères marins en Delphinarium vous intéresse, je vous invite à voir le film Blackfish, réalisé par Gabriela Cowperthwaite (sorti en juillet 2013). Il met en exergue les conditions de captivité des grandes orques et la souffrance qui en découle, à travers plusieurs drames dont le cas tristement célèbre de Tilikum (orque mâle impliquée dans la mort de plusieurs personnes). On y découvre la face cachée de la chasse à l’orque et l’influence des conditions de captivité sur le comportement et le niveau d’agressivité de ces géants marins. Un documentaire édifiant que je vous invite à méditer.

Sources :
https://www.lepoint.fr/societe/zoo-de-beauval-la-frequentation-a-explose-en-2018–05-12-2018-2276988_23.php
https://www.zoobeauval.com/presse/communiques
https://www.lanouvellerepublique.fr/loir-et-cher/commune/saint-aignan/nouveau-record-d-affluence-au-zooparc-de-beauval-ce-vendredi-31-mai
https://www.20minutes.fr/planete/2513471-20190508-antibes-ancien-soigneur-marineland-raconte-enfer-captivite-orques

La vente en animalerie : l’humain ne s’achète pas mais l’animal a un prix

La vente d’animaux est légale et ne semble pas poser un problème au commun des mortels. Le vivant se monnaye en animalerie et les clients se ruent dans les rayons parce que « oh regarde, ce petit lapin il est trop mignon ! » Personnellement, je n’éprouve aucun sentiment de plaisir à voir un lapin sautiller ou dormir dans une cage. Certes, lorsque j’étais enfant, la vue d’une boule de poil me rendait joie mais j’ai très vite ressenti un sentiment paradoxal : au plaisir de contempler de près l’animal, s’est mêlé une tristesse. Au début je ne me l’expliquais pas vraiment. Aujourd’hui, avec des années de recul, je la comprends mieux. Le malaise d’avoir accès à un être vivant qui n’a pas choisi d’occuper les moments de doutes affectifs des humains. Personne n’a demandé à ce lapin hirsute si son bonheur se traduisait par une exposition en cage.

Un lapin en cage.

L’homme s’est arrogé le droit d’évaluer le coût d’une vie animale, car ces animaux si attendrissants ont un prix. Dans cette société, je peux les acheter pour mon bon plaisir. Un rêve éveillé ? Pas vraiment, si j’ai conscience d’avoir privé ces petits cœurs battant d’un épanouissement dans leur milieu naturel. J’ai choisi de vous parler ici des petits mammifères à longues oreilles mais l’observation vaut aussi pour les poissons, méticuleusement triés par couleurs pour le dieu consommateur tout puissant et confinés dans des aquariums aux dimensions ridicules.

Élevages et commerce des animaux de compagnie

Au-delà du cas des animaleries, la question de la vente d’animaux tels que les chiens et chats doit aussi être posée. Forcer la reproduction d’une espèce pour obtenir des descendants de « pure race » interroge. Aujourd’hui par exemple dans les élevages canins, on sélectionne les espèces pour entretenir une lignée productive et vivre de la vente d’animaux de « compagnie ». Un article publié en février 2018 sur le site de la Centrale Canine (association de référence sur l’élevage en France) annonce la couleur : « La sélection est le travail passionnant de tout éleveur qui souhaite améliorer la race qu’il élève pour la faire tendre vers l’idéal correspondant au standard de la race et aux objectifs de sélection du club de race. »  Je ne mâcherais pas mes mots en disant que je trouve une telle pratique scandaleuse. Mais dans quel monde vit-on ? A quel moment l’homme s’est-il donné le droit de jouer ainsi avec le vivant en le « sélectionnant » pour son bon plaisir ?

Et encore, je ne vous parle pas de l’égoïsme des futurs propriétaires d’un animal de « compagnie » : avant de l’accueillir sous leur toit, si peu s’interrogent sur les conditions de vie qu’ils vont offrir à leur nouvelle « acquisition ». Quand je vois des familles adopter un chien ou un chat dans un appartement de moins de 30 mètres carrés (et encore je suis large) en ville, sans jardin ni espace vert à proximité, je suis scandalisé. Certains me rétorqueraient sur la défensive avec l’argument anthropocentré habituel : « on n’a pas les moyens de s’offrir un appart ou une maison plus grande, sinon on le ferait ! » J’aurais envie de leur répondre : dans ce cas soyez cohérents. N’entraînez pas un animal qui n’a pas choisi cette vie dans une existence limitée pour ses besoins. Vie contrainte qui le rendra triste et malheureux (car un animal possède une carte du monde et n’est pas un meuble).

Source : https://www.centrale-canine.fr/lofselect/articles/la-selection-travail-de-leleveur

Les concours de dressage

Il y a souvent continuité entre les élevages canins et la volonté de participer/remporter des « concours ». Car l’humain va plus loin dans l’expression de sa médiocrité : il juge les autres espèces animales dans le cadre de compétitions basés sur des critères artificiels qu’il a lui-même défini. Quel chien sera le plus « beau », proche de son « standard de race », dressé, répondra au doigt et à l’œil à son maître, suivra les consignes imposées sans sourciller ? Autant de critères ridicules et indécents qui entretiennent la « passion » d’individus prêts à tout pour remporter une coupe (et augmenter par la même occasion la notoriété de leur élevage). Une quête de perfection selon des critères définis par l’homme pour mettre l’animal dans des cases. Est-ce là le modèle de cohabitation avec le vivant que nous souhaitons entretenir ?

L’exploitation animale
5 (100%) 3 votes
Partager :
Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *